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Inde : la guerre des talents

L’Inde est le pays qui verra naître le plus grand nombre de nouvelles multinationales d’ici à 2020, devant la Chine, selon une étude de PriceWaterhouseCoopers. Il suffit de penser au Karnataka, berceau des actuels géants de l’informatique, Tata Consulting Services, Infosys et Wipro, pour s’en convaincre. Et pourtant, une menace se profile pour le secteur des services informatiques, devenu le porte-drapeau de l’économie indienne : la guerre des talents.

Avec une croissance annuelle de 15 à 20% par an au cours de la dernière décennie, et une part de 6% dans le PIB, les SSII indiennes ont longtemps été plébiscitées par les jeunes ingénieurs. Attirés par des salaires élevés (8000 dollars par an face à un salaire moyen indien de 1400 dollars) et des perspectives de carrière au Royaume-Uni et aux États-Unis, principaux marchés d’exportation, les candidats ne manquaient pas. Mais de nouveaux secteurs viennent à présent puiser dans le vivier de jeunes ingénieurs, de nouvelles SSII indiennes émergent et les acteurs traditionnels comme IBM, ACCENTURE ou CAPGEMINI rivalisent d’initiatives pour attirer les compétences locales. Finalement, le demi-million de jeunes ingénieurs diplômés qui arrivent chaque année sur le marché du travail en Inde ne suffit plus. Avec pour corollaire direct, une hausse continue des salaires de l’ordre de 10% par an chez les deux leaders et un taux record de rotation des salariés dans l’industrie de 20%.

Dans cette course aux talents, un acteur nous paraît particulièrement bien armé : INFOSYS (présent dans Echiquier Global). Fondé il y a 30 ans par sept ingénieurs avec un capital initial de 250 euros, INFOSYS fait office de modèle de promotion sociale auprès des jeunes indiens mus par une soif de réussite. Mais outre son excellente réputation, c’est surtout l’importance accordée à la formation par INFOSYS qui attire les talents, comme en témoigne son campus pharaonique près de Bangalore où l’élite du pays vient s’initier à l’informatique. Les 14000 jeunes diplômés qui se pressent dans cet « Etat dans l’Etat » y suivent une formation intensive de six mois avant de rejoindre, pour la majorité d’entre eux, les rangs du groupe. Une politique ambitieuse qui porte ses fruits puisque le taux moyen de rotation des équipes est resté stable autour de 13% en Inde ces trois dernières années. Malgré tout, et le groupe ne s’en cache pas, son nouveau défi sera d’embaucher du personnel plus expérimenté hors d’Inde afin de répondre à sa stratégie de conquête de nouveaux territoires.