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Monde en mouvement

Le léger malaise qui a saisi Janet Yellen lors de son allocution du 24 septembre a fait tourner la planète financière à l’envers. Qu’en penser ? S’agissait-il d’une somatisation liée aux incertitudes sur la croissance mondiale ? D’une défaillance physique liée à l’insoluble et interminable casse-tête de la remontée des taux d’intérêt ?

Même si l’effet papillon se vérifie souvent en matière de finance (un malaise qui fait douter les marchés, qui font douter la FED, qui fait douter…), oublions un moment Janet Yellen et sa santé vacillante pour prendre un peu de recul. Eteignons nos écrans et envolons-nous pour regarder le globe d’un peu plus haut : pendant que la FED joue la montre, le monde n’arrête pas de bouger, lui !

Mais « Qui va où ? » Vue d’Europe, cette question amènera sans doute une réflexion sur les migrants qui affluent dans des circonstances et des conditions terribles. En Allemagne, l’impact sur la population est d’ores et déjà très significatif. Les démographes révisent leurs prévisions et le déclin de la population allemande, inéluctable hier, est une vérité aujourd’hui obsolète. Imaginez : voici 5 ans à peine, les plus optimistes anticipaient 77 millions d’habitants en 2030 contre 80 aujourd’hui. Ce déclin est désormais enrayé, la population allemande va croître à nouveau… et les attentes sur les constructions d’immeubles s’infléchissent déjà nettement ! L’impossible se réalise sous nos yeux.

« Qui va où ? » Posée en Inde, la même question amènera une réponse bien différente, dans un pays qui peine à retenir ses élites. C’est désormais 14 millions d’Indiens qui vivent hors d’Inde, et pas forcément les plus maladroits ! De 2000 à 2010, les Indiens exilés aux Etats-Unis ont déposé 3 000 demandes de brevet, plus que toute autre communauté étrangère du pays.

Si vous êtes chinois, cette histoire de mobilité ne fait que commencer : 3% de la population seulement dispose d’un passeport valide. Mais ce sont 3% qui comptent puisque 35 % de la croissance du tourisme mondial vient de la Chine. Une bonne occasion de se rappeler que toute l’économie ne s’est pas arrêtée en Chine.

Enfin, si vous vivez à Palo Alto(1), la question du « Qui va où ? » vous semblera sans objet : ni Elon Musk, fondateur de TESLA, ni Sergueï Brink, cofondateur de GOOGLE, ne sont nés sur le sol américain. 45% de la population de Palo Alto est désormais « non native ». La mobilité est la norme, depuis longtemps.

Le monde bouge, donc, et de plus en plus vite ! Goldman Sachs estime dans une étude récente(2) que les migrants représentent désormais 3,2% de la population globale, contre 2,8% lors de la précédente décennie. Précisons que 3,2% de la population mondiale, c’est environ 4 fois la population russe ! Au-delà de la dimension purement démographique, cette accélération a de multiples conséquences sur l’économie de marché. Il faut répondre dès aujourd’hui à la demande du touriste chinois de demain, faciliter les transferts d’argent émergents/émergés, loger les nouveaux arrivants en Allemagne et en Europe… Il faut aussi identifier les sociétés qui vont profiter de ces tendances et réfléchir à l’impact des transferts de personnes : autant de thèmes qui doivent nous occuper.

Bouger les taux ou ne pas les bouger ? Janet Yellen tergiverse et ses hésitations vont peser sur les marchés dans les semaines à venir. Mais le monde bouge, et cette tendance de fond sera bien plus structurante pour les marchés de demain.

Marc Craquelin

(1) La « Mecque » des entrepreneurs américains de l’innovation technologique.
(2) Fortnightly thoughts: « Where is everybody going ».